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   Musique  et  société

Michel Faure
Son regard sur l'Histoire sociale de la Musique

D/ Le thème de la prière

C'est le quatrième et dernier thème de la sonate. Il occupe une douzaine de mesures au centre de l'œuvre, selon le plan, selon le tempo habituels : Andante sostenuto. Il est en fa # majeur, l'une des tonalités les plus richement diésées. Pour Messiaen, et sans doute pour Liszt aussi, cette tonalité est synonyme de lumière et de bienveillance divines. Cette oraison s'élève par sauts de quarte, de quinte, de septièmes ( fa # -mi #, si # - la #, mi # - ré # ), pour s'achever en action de grâces.

La sonate de Lizst - andante sostenuto

Débarrassé de ses sarcasmes et de ses staccatos maléfiques, le thème de Méphisto lui succède, dolcissimo, « con intimo sentimento », quasi adagio. Voilà la grande leçon d'humanisme mystique et de religiosité romantique que nous donne la sonate de Liszt. C'est lorsque notre diable intérieur s'agenouille

La sonate de Lizst - dolcissimo

que nous pouvons entrer dans la paix. Voici que s'ouvrent alors pour nous, au cœur de la sonate de Liszt, les portes de l'ineffable et de l'adoration. La musique tombe en extase. Le leitmotiv de Faust rejoint celui de Méphisto, dolcissimo et comme prosterné. Dieu exulte d'avoir gagné à lui ses créatures. Son thème triomphe dans l'étincelante lumière de ses six dièses. Comme sous le bras vengeur du Christ de Michel-Ange dans la chapelle Sixtine, les prétentions faustiennes de l'homme à se prendre pour Dieu dégringolent dans les profondeurs infernales du piano.

Le chant de la prière s'élève à nouveau, intense, d'une plénitude passionnée. Il est soulevé, il est emporté par une houle d'arpèges, toujours en fa # majeur.. Puis, dans la nuance pianissimo, soutenue par d'émouvants accords de couleur modale, plusieurs gammes séraphiques descendent du ciel : une Pentecôte sonore...

La sonate de Lizst - priere

Liszt libéré de toutes ses inclinations diaboliques . Liszt enfin drapé de lin monastique, tel qu'en lui-même Dieu le bénit, fragile, à l'écoute de l'Infini. Son ombre méphistophélique le suit, méditative elle aussi, parmi les silences. Elle s'approprie, sur pédale de fa #, les septièmes ascendantes de la prière. Dieu a-t-il vraiment gagné la partie d'échecs qu'il joue avec sa créature ? Illusions !

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